
Quand on parle de la Provence, la plupart des gens ont tout de suite en tête de grands champs de lavande bleus. Mais la Provence peut aussi avoir un tout autre visage. On y trouve aussi de versants montagneux escarpés aux routes étroites, où l’on ne voit à des lieues à la ronde aucun champ de lavande. Cette région fait partie des Alpes-Maritimes, et c’est ici que se trouve la célèbre ville de Grasse, à environ 20 kilomètres au nord de Cannes.
Grasse, ville des parfums
Depuis l’adaptation cinématographique du roman « Le Parfum » de Patrick Süskind au plus tard, la ville de Grasse est devenue connue d’un large public. Dès le XIe siècle, la ville est mentionnée pour la première fois dans des documents. Le métier de tanneur y était très répandu. Vers l’an 1600, on commença à parfumer les gants. On masquait ainsi l’odeur du cuir mal tanné. C’est alors que commença la grande époque de Grasse avec la distillation des substances odorantes. Des plantations de fleurs caractéristiques s’étendirent autour de la ville.

Aujourd’hui, elles sont devenues rares, car la plupart des fleurs sont importées de pays à bas coûts, comme le Maroc, l’Inde, la Bulgarie ou la Turquie. En outre, on utilise de plus en plus de substances odorantes synthétiques dans la fabrication de parfums. Aujourd’hui encore, Grasse compte environ 30 parfumeries qui exportent leurs produits dans le monde entier. On peut en visiter certaines et apprendre beaucoup de choses sur la fabrication du parfum lors d’une visite guidée. La parfumerie Fragonard est même associée à un musée. On y voit une collection privée d’alambics, de flacons et d’autres objets qui documentent l’histoire du parfum de l’Antiquité à nos jours. La participation à un atelier de parfum est aussi une expérience particulière. On peut y créer son propre parfum et l’emporter ensuite chez soi. On a ainsi aussi un petit aperçu du travail d’un parfumeur, qui peut reconnaître jusqu’à 3 000 senteurs. Le « nez », comme on appelle aussi un parfumeur, doit toutefois consentir pour cela à quelques sacrifices : renoncer à l’alcool, au tabac et aux épices fortes. Car ceux-ci peuvent considérablement altérer l’odorat. Dans le monde entier, il n’y a qu’environ 1 000 de ces « nez ».
La fabrication du parfum hier et aujourd’hui

La distillation des huiles essentielles à la vapeur d’eau est l’une des techniques les plus importantes de la parfumerie traditionnelle. L’enfleurage, en revanche, utilise de la graisse ou de l’huile chaude pour extraire les substances odorantes des parties de plantes. Pour les fleurs délicates, comme le jasmin, la technique a été perfectionnée de sorte que l’on pouvait travailler avec de l’huile froide. La chaleur aurait détruit les fleurs délicates. Ces huiles se prêtaient, pour la suite du traitement, à la fabrication de pommades. Par des lavages de l’huile filtrée à l’alcool, on pouvait obtenir une substance odorante alcoolique adaptée à la fabrication du parfum.
Vers le milieu du XIXe siècle, la production industrielle de parfum s’est développée. La mise au point de substances odorantes synthétiques l’a rendue possible. Le premier parfum sur le marché à contenir ces nouvelles substances fut le célèbre Chanel N°5. Il a d’ailleurs été créé à Grasse en 1925. Les matières premières synthétiques pour la production d’un parfum de qualité ne sont pas forcément moins chères que les matières premières naturelles. Mais elles offrent une qualité constante et sont aussi utilisées pour des raisons écologiques.
