
Les hivers à Paris sont froids et gris, le climat humide pèse sur le moral et ternit l’âme. C’est ainsi, ou à peu près, que les peintres de toutes les générations ont ressenti la vie trépidante de la capitale française. Quel bienfait c’était pour eux de pouvoir fuir le nord gris pour étudier la lumière paisible et les couleurs intenses du sud du pays ! C’est ainsi qu’est née une interaction très étroite entre la côte méditerranéenne et la capitale du nord. Les peintres avaient besoin d’échanges intenses avec leurs collègues dans les cafés, les galeries et les musées de la grande ville pour pouvoir échanger et s’inspirer. En même temps, aucun des grands artistes de l’impressionnisme ou de l’expressionnisme ne pouvait se passer des couleurs ensoleillées et scintillantes de la Provence. Ici, dans leurs refuges et leurs ateliers, ils ont fait le plein de couleurs et de lumière, qu’ils ont ensuite transportées vers le nord à l’aide de leurs tableaux.
Tout visiteur qui atteint la côte méditerranéenne française éprouvera un effet semblable. Ciel bleu, tournesols jaunes, lavande bleue et ocre intense de la terre donnent envie de photographier et de capturer les couleurs. Cette expérience n’est d’ailleurs pas nouvelle. Un voyage le long de la côte, de Toulouse à Nice, peut devenir un voyage de découverte de la peinture moderne.
Pionnier de la peinture en plein air
L’un des premiers peintres à avoir capté l’atmosphère du sud dans ses tableaux fut le peintre français Pierre-Henri de Valenciennes. Né vers 1750 à Toulouse, en Languedoc, il fut l’un des plus importants paysagistes de son temps. Il étudia la peinture à l’Académie royale de Toulouse et entreprit de longs voyages à travers le sud de la France. Ses tableaux sont considérés comme les précurseurs de la peinture d’atmosphère du romantisme et de l’impressionnisme. Valenciennes fut l’un des premiers à partir à la campagne avec son chevalet et à rendre la peinture en plein air respectable.
La peinture du Sud est bien plus ancienne qu’on ne le pense
Dans la vallée de l’Ardèche se trouvent de nombreuses grandes grottes qui ont de tout temps été habitées par des hommes. La découverte de leurs peintures a exercé une grande influence sur le développement de l’expressionnisme. En 1878 fut découverte la grotte Chabot dans le département de l’Ardèche. Les impressionnantes peintures murales datent d’environ 22 000 à 18 000 avant J.-C. Les formes élancées et la coloration intense des animaux peints ont été étudiées et reprises avec enthousiasme par les peintres. D’autres grottes furent découvertes en succession rapide. Pourtant, il existe encore de très nombreuses grottes qui n’ont pas été trouvées. L’une des dernières grottes découvertes est la grotte Chauvet, ouverte seulement en 1994. Elle se trouve près de la petite ville de Vallon-Pont-d’Arc (département de l’Ardèche), dans la vallée de l’Ardèche. Elle contient plus de 400 peintures murales avec plus de 470 représentations d’animaux et de symboles peintes et gravées. Les plus anciennes sont estimées à plus de 30 000 ans. Les images montrent que le climat et la lumière inspiraient déjà alors les hommes à peindre et à expérimenter.
L’atelier du Sud
L’une des villes les plus importantes pour la peinture française est la ville d’Arles. Son hôte le plus célèbre est Vincent Willem van Gogh. Son style de peinture a eu une influence déterminante sur les fauves et les expressionnistes. Van Gogh vécut dans une grande pauvreté, mais il laissa plus de 864 tableaux, dont une grande partie a été réalisée à Arles et dans les environs. Il s’installa à Arles en 1888 pour échapper à l’hiver du nord et y trouver les « tons bleus et les couleurs gaies » du sud. Ses paysages naquirent d’abord par nécessité, parce qu’il ne pouvait pas se payer de modèles. Aujourd’hui, ses tableaux « Le pont de Langlois » ou la série des vergers en fleurs sont indissociables de l’histoire de l’art. Un voyage sur les traces de van Gogh mène aussi aux Saintes-Maries-de-la-Mer et à Saint-Rémy-de-Provence, où il trouva également l’inspiration pour des tableaux célèbres. Van Gogh avait un rêve. Il souhaitait un atelier du Sud, où de nombreux artistes vivraient et travailleraient ensemble. Le seul artiste qu’il put gagner à cette expérience fut Paul Gauguin, qui séjourna effectivement quelques mois à Arles pour s’y inspirer des couleurs du sud.
En novembre 1901, Paul Cézanne acheta une petite propriété en dehors d’Aix-en-Provence pour s’y installer un atelier. Aujourd’hui, la petite maison se trouve dans le périmètre de la ville et se visite sous le nom d’atelier Cézanne. C’est dans cette petite maison que le célèbre artiste peignit certains de ses tableaux, dont « Les Baigneuses ». Le musée a un concept d’exposition très intéressant. À l’aide de son chevalet, de ses pots de peinture, de ses vêtements de travail et des objets qu’il utilisait comme motifs pour ses natures mortes, on tente de reconstituer l’atmosphère de travail de l’artiste.
Dans le Sud pour la santé
Amedeo Modigliani se laissa lui aussi enchanter par les tons bleus et les couleurs gaies du Sud. L’artiste mourut en 1920. Il n’avait que 35 ans : il souffrit toute sa vie d’une maladie pulmonaire. Il s’installa en 1917 à Cagnes-sur-Mer, puis directement à Nice, pour mieux pouvoir travailler. L’influence du sud de la France, avec ses forts contrastes d’ombre et de lumière, se retrouve exactement dans l’œuvre de Modigliani. Après son séjour à Nice, il peignit des tableaux aux structures nettement cernées et aux aplats colorés bien délimités. Pendant que Modigliani vivait à Nice, il entretenait des contacts étroits avec Pierre-Auguste Renoir, qui habitait dans le voisinage un grand domaine au-dessus de la côte. Renoir lui aussi avait quitté Paris pour le sud chaud et sec à cause du climat. Le domaine « Les Collettes », où Renoir vécut à partir de 1907, est aujourd’hui ouvert aux visiteurs comme musée.

Un château pour le roi sans couronne de la peinture
Le roi sans couronne de tous les peintres du sud de la France est Pablo Picasso, qui passa ses dernières années à Antibes et à Nice. Picasso restait à son tour en contact avec Henri Matisse, qui séjournait lui aussi dans la région. Un musée important consacré à la vie de Picasso est le musée Picasso d’Antibes. Les visiteurs peuvent y admirer aussi bien des tableaux que des céramiques et des sculptures du grand maître. Picasso acheta le château de Vauvenargues près d’Aix-en-Provence. Le château offrait une vue magnifique sur le motif préféré de Paul Cézanne, la montagne Sainte-Victoire. Il passa ses vieux jours avec Jacqueline Roque à Mougins, au nord, au-dessus des collines de Cannes, où il mourut le 8 avril 1973. Il fut enterré dans le jardin de son château de Vauvenargues.
